les scripts sont bloqués dans cet aperçu — ouvrez le fichier dans Chrome ou Safari pour les effets (fluide, liste, compteurs, changement de langue)

auteurauthor · Souvenirs du conseilMemories of consulting · 9 déc. 20259 Dec 2025

Personne n’a jamais été viré pour avoir choisi McKinsey. Jusqu’à maintenant.Nobody has ever been fired for hiring McKinsey. Until now.

Le bouclier du conseil se fissure, lentementThe slow fracture of consulting's most valuable asset

lireread· 65 min

Vingt ans de conseil en stratégie, puis dix à construire les technologies qui le bousculent. Je repense aujourd’hui à ces moments décisifs avec des clients, à ces idées trouvées au milieu de la nuit, et je me demande : et si la GenAI avait été là ? Le récit d’un métier en pleine mutation, par quelqu’un qui l’a connu tel qu’il était et voit ce qui arrive.

Un jeune homme se retourne dans un couloir bondé de consultants en costume sombre

Bonne nouvelle, mauvaise nouvelle

« Stéphane, merci de m’avoir rappelé. Je voulais justement te donner des nouvelles de l’appel d’offres pour la “Segmentation stratégique du marché des PME”. J’ai le plaisir de t’annoncer que vous êtes dans la short-list. »

Ce souvenir est un moment fondateur de mes débuts. C’est ce jour-là que j’ai vraiment choisi le conseil en stratégie.
Je n’y suis pas encore. Pour l’instant, je suis consultant senior dans une toute petite boutique française, un peu institut d’études, un peu think tank économique, un peu cabinet de marketing industriel.

La nouvelle est excellente. L’opérateur télécom historique nous a consultés pour une segmentation stratégique. Notre cabinet, appelons-le Nobody Consulting, affronte toute la cavalerie : BCG, McKinsey, Bain, Booz Allen... Et nous voilà dans la short-list.
Le client nous connaît et nous fait confiance. Nous venons de lui livrer du bon travail.
Alors, où est le problème ?

« Et puis, Stéphane, c’est un peu délicat, mais je dois te le dire... On vous aime beaucoup et on a hâte de rencontrer l’équipe. Mais je préfère te prévenir, entre nous, qu’on ne vous choisira pas.
Je suis désolé de te le dire comme ça, mais mon patron ne peut pas se permettre une segmentation stratégique qui ne porte pas la signature d’un grand nom de la stratégie. »

...

Je me souviens avoir raccroché, les yeux dans le vague, dans notre petit bureau parisien. Nous avions fait un travail brillant. Le client nous faisait confiance. Rien de tout cela ne comptait.

Le bouclier magique des cabinets de stratégie

Le message était limpide : quand l’enjeu est élevé, les dirigeants n’achètent pas le meilleur conseil. Ils achètent l’histoire la plus rassurante à raconter à leur conseil d’administration.
« Personne n’a jamais été viré pour avoir choisi McKinsey. »

Et aujourd’hui, alors que la GenAI bouleverse le conseil ? L’adage tient toujours, forcément.
Vraiment ?

En théorie, deux mécanismes sont à l’œuvre.

D’abord, le signal : pour un dirigeant, « j’ai fait appel à McKinsey » veut dire qu’il est sérieux, prudent, qu’il ne prend pas de risque.

Ensuite, la porte de sortie : si les choses tournent mal, c’est la faute du conseil de McKinsey.

Je dis « en théorie », car en pratique, le second mécanisme, celui du bouc émissaire, ne joue jamais vraiment.

Aucun grand cabinet n’a jamais vu sa réputation sérieusement entamée par un mauvais conseil. McKinsey a survécu à la crise des opioïdes. BCG a traversé les critiques sur Gaza. Le bouclier tient (oubliez la chute d’Arthur Andersen après Enron : c’était un échec d’audit).
En quarante ans, malgré les livres, les articles sur les échecs, les scandales et les fraudes, aucun cabinet de stratégie n’a jamais payé de sa réputation un conseil qui a mal tourné. Jamais.

Le conseil en stratégie a bien un bouclier magique : être payé très cher pour des conseils dont on ne pourra jamais vraiment prouver qu’ils étaient mauvais. Quand la stratégie échoue, c’est la faute du marché. Quand elle réussit, c’est grâce à votre génie. Pile je gagne, face tu perds.

Ce bouclier existe parce que ce que les dirigeants achètent vraiment, c’est une assurance pour leur réputation.

Cette assurance fonctionne parce que les livrables du conseil étaient assez opaques pour qu’un échec soit mis sur le compte de l’exécution ou du marché, plutôt que de la qualité du conseil lui-même.

Et elle rapporte gros, parce que tout se vend en bloc : impossible d’avoir l’avis des associés et l’étiquette « grande pensée stratégique » sans payer aussi la sueur des juniors.

Ce que valent vraiment les consultants

Au-delà de l’assurance, les clients paient pour quatre choses : la force de frappe analytique, l’énergie pour conduire le changement, un savoir-faire propre et des associés chevronnés qui connaissent les affaires. D’après mon expérience, la plupart des clients en retirent une vraie valeur, en général sur au moins deux ou trois de ces quatre points.

Mais l’IA rebat les cartes, et ça ne s’annonce pas très bien pour les cabinets.
Elle grignote méthodiquement chaque pilier, et permet aux clients de découper les missions pour n’acheter que ce dont ils ont besoin.

La nouvelle prudence

Ce découpage n’a rien de théorique : il se joue en ce moment, dans les directions achats et les comités de direction.

Les clients avisés ont déjà changé de méthode. Au lieu de se réfugier par défaut derrière un grand nom, ils découpent :

Autrefois, c’était simple : on prenait McKinsey, et on était couvert.

Aujourd’hui, c’est l’inverse. Le choix « sûr » comporte un risque : payer trop cher un travail devenu banal, ou pire, se faire prendre à payer au prix du luxe des analyses sorties d’une machine. Et une erreur coûte désormais bien plus cher en réputation (bonjour, Deloitte Australie).

Un dirigeant peut toujours justifier le choix de McKinsey, mais il doit désormais montrer que la mission lui a apporté un jugement et une capacité d’orchestration qu’aucune IA ne pouvait fournir, pas seulement le prestige d’un grand nom.

McKinsey continuera à remporter les grosses missions, mais les fondations se lézardent. Pas en affaires perdues : en périmètres qui rétrécissent. La mission stratégique à 3 millions de dollars devient 800 000 dollars de cadrage, le reste étant exécuté en interne. Le bouclier protège encore, mais il couvre moins de terrain.

Un bouclier qui rétrécit

Pour moi, ce refus a changé le cours de ma carrière. J’ai écrit mon CV le soir même. Quelques mois plus tard, j’entrais dans un grand cabinet, et j’ai profité pendant des années du bouclier McKinsey, en gagnant des missions que les petites boutiques ne pouvaient pas décrocher.

Aujourd’hui encore, le dirigeant de l’opérateur télécom paierait sans doute pour l’étiquette. Le nouveau jeu est plus difficile à jouer, et c’est pourquoi beaucoup de clients continueront par défaut à jouer la sécurité.

Mais une question me revient sans cesse : gravir les échelons d’un cabinet de stratégie reste-t-il le meilleur moyen d’accumuler l’expérience, le sens des affaires et l’habileté politique ? Quand les clients peuvent tout vérifier et tout analyser eux-mêmes, qu’achètent-ils au juste aux consultants ?

Le bouclier se fissure. Il ne vole pas en éclats, mais il se fissure.

Il y a vingt ans, le jeune ambitieux que j’étais a choisi la valeur sûre : les cabinets dont le nom ouvrait les portes. Aujourd’hui, je chercherais ce qui viendra après le bouclier.

Notes on a consulting industry that may not recognize itself in five years - from someone who spent decades in strategy consulting before building the tools that are changing how it works. Looking back at those crucial client moments, asking what if GenAI had been there, and what it means for those still in the game.

A young man glancing back in a corridor crowded with consultants in dark suits

Good news, Bad news

Stephane, I wanted to give you an update on the RFP for the Strategic Segmentation of the SMB Market. I am really happy to share that you have been short-listed.

This one memory is actually a defining moment in my nascent career. This is the day that made me actually chose strategy consulting.

I am not there yet. For now, I am a Senior Consultant in a tiny French boutique, half Market research, half Economics Think-Thank and half Industrial Marketing Consultancy (sic).

This Client feedback is actually great news. We have been consulted through RFP by the leading national Telco to deliver a strategic segmentation. Our firm, Nobody Consulting Inc. is competing against the whole shabam, BCG, McK, Bain, Booz Allen .... And we've just been short-selected.

The Client knows and trust us. We have delivered good work for them in a recent past.

So what's the catch?

Also, Stephane, it's a bit delicate here, I have to tell you... We really appreciate you and we are eager to meet the Team. But I have to let you know, off the record, that we won't grant you the project.

I am afraid to say, but my boss cannot afford to have a Strategic Segmentation that is not branded by a Big Strategy name.

...

I remember hanging up that phone, staring at my desk in our tiny Paris office. We'd done brilliant work. We had the client's trust. None of it mattered.

The Magic Shield of Strategy Consultants

The message was clear: In high-stakes decisions, executives don't buy the best advice. They buy the safest story to tell their board.

"Nobody has ever been fired for hiring McKinsey."

What about today, in a GenAI-disrupted consulting era? Surely, this common wisdom would still hold true.

Would it really?

In theory, there are two mechanisms at work:

First, the upfront signal: As a CXO, "I hired McKinsey" means you're serious, prudent, playing it safe.

Second, the escape hatch: if things go wrong, you blame McKinsey's advice.

I say 'in theory', because, in practice, the second one, the scapegoat mechanism, is never seriously activated.

Over the last 40 years, no Strategy consulting firm ever suffered from reputational damage due to bad advice

No major firm consulting has ever taken real reputational damage from bad advice. McKinsey survived the opioid crisis. BCG weathered criticism on Gaza. The shield holds (forget Arthur Andersen explosion after the Enron fraud; it was an auditing failure)

Over the last 40 years, despite numerous books, articles about failures, scandals, frauds, no Strategy consulting firm ever suffered from tangible reputational damage due to advice turning sour. Ever.

Strategy consulting does have a magic shield. Getting paid premium rates for advice that can never be proven wrong. When your strategy fails, it's the market's fault. When it succeeds, it's your genius. Heads you win, tails the client loses.

The McKinsey shield does exist because what CXO are really buying is reputational insurance.

This reputational insurance works because their consulting outputs were opaque enough that failure could be attributed to execution or market conditions rather than advisory quality and impact.

And this insurance is outrageously profitable for them because consulting outputs are bundled enough that you could not access to Partners advice and 'great strategic thinking' seal without paying for junior analytical sweat.

Tearing apart Consultants value

Behind reputational insurance, clients pay for four things:

From my personal experience, most clients get real value—typically at least 2-3 out of 4.

But AI shakes everything and it does not look good. AI systematically erodes each pillar, enabling clients to unbundle value and disaggregate engagements:

– Analytical horsepower? GenAI delivers it faster.

Any motivated Client teams, with the rise and continuous improvement of Data-analytics Agents, can get it done.

– Change management? Your AI can draft the playbook.

Facilitator Agents already track meeting agenda and generate meeting minutes in seconds. Why pay consultants six figures for project tracking?"

– Unique methodologies? ChatGPT knows them all.

Clients building internal consulting arm with ex-consultants had already made 2x2 matrix less mysterious. GenAI is hitting the last nail on this coffin by giving instant, smart, interactive access to ANY relevant methodology to any one. Need to run a workshop with McK 7S framework? Just ask ChatGPT.

– Last but not least, proprietary data? Here's the dirty secret: they hardly have any.

The New Defensive Play

This unbundling isn't theoretical, it's happening now in procurement departments and C-suites

Smart Clients are already recalibrating. Instead of defaulting to brand-name safety, they're unbundling:

The old game was simple: hire McKinsey, cover your ass.

Smart Clients are already recalibrating: Premium advisory for high-stakes strategic framing, alternatives for everything else

The calculus has flipped. The 'safe' choice now carries execution risk -overpaying for commoditized work, or even worse, getting caught paying luxury prices for automation-wrapped insights. The reputational cost of mistakes has seriously gone up (hello, Deloitte Australia).

As a CXO, you can still defend hiring McKinsey, but the defense now requires demonstrating that the engagement delivered judgment and orchestration AI couldn't replicate, not just brand-name credibility.

McKinsey will still win the big deals, yet the foundation is cracking. Not as lost deals but as shrinking scope. That $3M strategy engagement becomes $800K for strategic framing plus internal execution. The shield still protects, but it covers less ground

Riding a shrinking platform

As a consultant, that rejection changed my career. Wrote my resume the same evening. Joined a top-tier firm within months, rode the MBB shield for years, closed deals where smaller boutiques couldn't compete.

Even today, the Telco CXO would probably still pay for the brand tag. The new game is harder to execute, which is why many Clients will continue defaulting to safe play.

But here's what I keep circling back to: Is the strategy consulting ladder still the best way to compound experience, business savvy, and political excellence? When clients can fact-check everything and analyse anything, what exactly are they paying consultants for?

The shield is cracking. Not shattering, but cracking.

Twenty years ago, the ambitious youngster I was then, flew to quality i.e. to the firms whose names opened doors. Today, I'd look for whatever comes after the shield.

publié d’abord sur The Last Consultant →first published on The Last Consultant →

tous les textes →all texts →

Quelque chose ici dont vous voulez parler ?Something in here you want to talk about?

La curiosité est une raison parfaitement valable.Curiosity is a perfectly good reason.

  1. via notre réseau communvia our network

    On a probablement une relation en commun. Il vous donnera mon numéro. Pas besoin d'un Teams, appelez moi. A l'ancienne.

    We probably have someone we both know. They'll give you my number. No Teams needed, just call me. Old school.

  2. sur LinkedInon LinkedIn

    Un message, avec le sujet en deux lignes. Je ne suis pas si overbooké que je ne puisse vous répondre rapidement.

    A message with the subject in two lines. I am not that busy that I cannot answer swiftly.

    m’écrire sur LinkedIn →write to me on LinkedIn →
  3. Call Premier ContactIntroductory call

    Un créneau de 30 min dans l'agenda. Comme au bon vieux temps du SaaS et des SDR.

    A 30 minutes slot in the calendar. Will remind me the good old days of SaaS and SDR

    choisir un créneau →pick a slot →

Paris · français et anglaisParis · French and English