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auteurauthor · Souvenirs du conseilMemories of consulting · 7 janv. 20267 Jan 2026

La dernière génération de consultants qui savent calculerThe Last Generation of Consultants Who Can Calculate

Les consultants savent-ils combien il y a de « r » dans « strawberry » ?Do consultants know how many 'r' in 'strawberry'?

lireread· 119 min

Carnet de bord d’un métier qui pourrait ne plus se reconnaître dans cinq ans, tenu par quelqu’un qui a passé des décennies dans le conseil en stratégie avant de construire les outils qui le transforment. Je repense à ces moments décisifs avec des clients, je me demande ce qui se serait passé si la GenAI avait été là, et ce que cela change pour ceux qui sont encore dans la partie.

Un jeune consultant en salle de réunion, le regard droit vers l’objectif, les associés flous derrière lui

« Je crains que vous ne passiez pas au tour suivant. Vous avez montré beaucoup de belles qualités. Mais vous savez, la concurrence est rude... Et puis, vous savez, vous n’êtes pas très fort en calcul mental. »

J’ai raccroché. BCG venait de me recaler.

Des années de bagne, des heures indécentes à plancher sur les maths et la physique en classe prépa, dans l’un des établissements les plus cotés et les plus sélectifs du pays... pour échouer parce que j’avais bafouillé sur un ordre de grandeur pendant l’une des fameuses études de cas de BCG ?

Nous ne saurons jamais ce que ce détail a vraiment pesé. J’ai assez vécu depuis pour savoir que les raisons qu’on vous donne sont rarement les vraies. La vérité était peut-être plus proche de : « L’activité stagne, on réduit les recrutements de juniors » ou « L’associé qui menait l’entretien avait perdu une énorme proposition la veille. »

Peu importe.

Une carrière est faite de ces petits accidents, de ces grains de chance ou de malchance aux effets papillon sans fin. Vous ratez une multiplication, et votre vie prend une tout autre direction. Un autre métier, d’autres villes, d’autres amours.

Avec le recul, entrer chez BCG à ce moment-là aurait changé ma vie pendant des années. Je n’aurais sans doute pas rencontré ma première femme. Ou j’aurais divorcé plus tôt. Ou plus tard. Je n’aurais pas rencontré l’âme sœur. Vertigineux.

Mais repenser à cet épisode aujourd’hui, alors que la GenAI réécrit les règles du travail intellectuel, donne un autre genre de vertige.


Le détecteur de baratin que les consultants sont en train de perdre

Je revois Dominique Mars pendant les comités de pilotage chez Mars & Co. Il était souvent le plus âgé dans la salle. Et le plus rapide en calcul. Toujours.

Quand un membre de l’équipe avançait une taille de marché, Dominique avait déjà calculé l’économie unitaire qu’elle supposait avant que quiconque ait fini de lire la slide. Quand quelqu’un proposait un prix d’acquisition, il voyait immédiatement que le multiple impliquait une prime de 40 % sur les comparables, et donc des synergies que personne n’avait vérifiées.

Dans ces moments-là, le calcul mental sert de détecteur de baratin. Une alarme intégrée contre les chiffres faux, les hypothèses irréalistes, les scénarios qui ne tiennent pas debout.

Avec un peu de recul, le calcul mental aide aussi à comprendre le monde des affaires.

Souvenez-vous d’Instagram. Facebook l’a racheté en 2012 pour 1 milliard de dollars. À l’époque, Instagram comptait 13 salariés, Facebook n’était pas encore l’impressionnante machine qu’est devenue Meta, et beaucoup jugeaient la dépense de Zuckerberg déraisonnable. Mais Instagram comptait aussi 30 millions d’utilisateurs. Et Zuckerberg savait faire une division : 33 dollars par utilisateur. Il était convaincu qu’en faisant entrer Instagram dans l’écosystème Facebook, il éliminerait un futur concurrent et accélérerait la croissance du revenu par utilisateur (autour de 5 dollars à l’époque). Parce que l’application était pensée pour le mobile, très visuelle... Même en tenant compte d’une part de cannibalisation, le pari penchait du bon côté.
En 2025, le revenu moyen par utilisateur de Meta tourne autour de 50 dollars. La moitié du chiffre d’affaires américain vient d’Instagram.

Le calcul mental sauve aussi des vies.

En mars 2020, l’article de Tomas Pueyo, « Coronavirus: Why You Must Act Now », a fait le tour du monde parce qu’il reposait sur un calcul, pas sur des modèles compliqués. Si le nombre de cas double tous les six jours, la croissance est exponentielle. Partez de 100 cas. Attendez deux semaines. Deux semaines, c’est un peu plus de deux doublements. Deux doublements font passer de 100 à 400. Les jours en plus ajoutent encore une bonne part. Vous n’êtes plus à 400, vous approchez de cinq fois le chiffre de départ.

L’enjeu n’était pas la précision. C’était la compréhension. Attendre n’ajoute pas des cas, cela les multiplie. Quiconque savait suivre deux doublements de tête voyait immédiatement pourquoi il était dangereux d’attendre. Après avoir lu cet article, j’ai tout de suite appelé mes parents, âgés et fragiles, pour les convaincre de se mettre à l’abri. Une semaine avant l’annonce brutale du confinement, l’incrédulité et le déni dominaient les médias français. Je crois que cet appel leur a peut-être sauvé la vie.


Une expérience sans groupe témoin

Le calcul mental compte, donc. Il débusque les erreurs, éclaire les décisions stratégiques, sauve des vies en temps de crise. D’où une question dérangeante : que se passe-t-il quand on cesse de le pratiquer ? Car c’est bien la pente actuelle.

Lilli, l’assistant IA interne de McKinsey, traiterait désormais environ 70 % des recherches documentaires des 45 000 salariés du cabinet, avec un gain estimé à 30 % du temps passé à chercher. Chez BCG, Deckster produit des premières versions de slides. Tous les grands cabinets ont déployé des outils qui automatisent les tâches ingrates de l’analyse.

Pour les jeunes consultants, cela pose un problème précis : moins de répétitions, une intuition plus faible. L’alarme que Dominique Mars s’était construite en des décennies de calcul, ce réflexe qui signale instantanément qu’un chiffre ne tient pas, exige des milliers de répétitions pour se former. Ces répétitions sont désormais confiées aux machines. Un consultant qui n’a jamais estimé un marché à la main, jamais vérifié lui-même ses hypothèses, jamais rattrapé ses propres erreurs de calcul... sur quel repère intérieur peut-il s’appuyer quand l’IA lui sort un résultat ?

Mes conversations avec de nombreux associés de cabinets depuis un an dessinent une tendance : davantage d’erreurs de chiffres ou de logique chez les juniors assistés par l’IA, rattrapées par les seniors.
Que les cabinets poussent l’adoption ou qu’ils ferment simplement les yeux sur l’IA que leurs juniors utilisent en douce, ils mènent une expérience sans groupe témoin : le jugement peut-il se former sans les milliers de répétitions qui construisent les raccourcis mentaux ?


Trois façons d’échouer

D’après mon expérience du déploiement de la GenAI dans des cabinets de conseil, trois écueils méritent qu’on s’en inquiète :

La panne sous pression. Un associé pose une question en réunion. Le réflexe du consultant : sortir son ordinateur ou son téléphone et interroger une IA. Ça marche quand on a le temps, et loin des yeux du client. Ça ne marche plus quand le temps manque. Réfléchir sous pression, garder des chiffres en tête tout en répondant à des questions hostiles, reste une épreuve profondément humaine.

L’incapacité à expliquer. Un client demande : « D’où sort ce taux de croissance de 23 % ? » Le consultant qui a pris la réponse de l’IA pour argent comptant peut renvoyer aux hypothèses du modèle, mais il est incapable de refaire le raisonnement de tête. Or le client doit défendre ce chiffre devant son propre conseil d’administration, et « c’est l’IA qui l’a dit » ne résiste pas à l’examen. Dans la plupart des conseils d’administration, expliquer se résume encore à des additions et des multiplications que quelqu’un peut dérouler au tableau.

L’accumulation d’erreurs. Surtout avec des systèmes d’agents (pensez à un agent chargé d’éplucher la data room d’une due diligence), de petites erreurs commises par un sous-agent se propagent dans les calculs des suivants. Le consultant, qui n’a pas refait le calcul de son côté, n’a aucun repère pour s’en apercevoir. L’erreur court jusqu’au livrable remis au client.

Chacun de ces écueils abîme quelque chose de précis. L’accumulation d’erreurs ronge l’exactitude. La panne sous pression ruine la crédibilité dans les moments décisifs. L’incapacité à expliquer entame la confiance.


L’absence de doute

Ces trois écueils ont une racine commune : l’absence de doute.

Prenez une question devenue un mème dans le petit monde de l’IA en 2024 :

« Combien y a-t-il de “r” dans “strawberry” ? »

Les premières versions de GPT-4 répondaient souvent, à tort, « deux ».

La raison technique est bien connue, et le problème largement corrigé depuis. Pour les sceptiques, c’était la preuve que les LLM restent fondamentalement peu fiables. Pour les optimistes, un bug passager que l’ingénierie finirait par régler.

Les deux camps sont passés à côté.

Le test de la fraise ne dit pas si l’IA sait compter les lettres. Il dit si l’utilisateur vérifie la réponse.

Un consultant qui demande à ChatGPT combien il y a de « r » dans « strawberry », obtient « deux » et le répète sans vérifier a échoué à un test qui n’a rien à voir avec l’orthographe. Son échec, c’est l’absence de doute : l’idée qu’un système extérieur a raison par défaut.

Étendez cette idée à des milliers de consultants qui font chaque jour des milliers de calculs, et vous obtenez une profession incapable de repérer ses propres erreurs.

Le calcul mental a toujours servi à muscler le scepticisme. Le réflexe de vérifier. L’habitude de se demander : ce chiffre a-t-il du sens ?

Ce réflexe peut cohabiter avec l’IA. À condition de concevoir des systèmes, et des critères de recrutement, qui continuent à le récompenser.


Un jeune candidat face à un associé senior, de part et d’autre d’une table, en salle d’entretien

Comment recruter le jugement à l’ère de l’IA

Retour dans la salle d’entretien de BCG.

Au-delà des qualités relationnelles (allons !) et de l’aisance à l’oral, les études de cas devaient à l’origine permettre d’évaluer :

Les modèles de raisonnement actuels ont déjà franchi la première barre : demandez à Claude de bâtir un modèle pour estimer le marché des stations-service en France, il produira un raisonnement plus propre que la plupart des candidats.

Mais ce ne sont pas les LLM qui répondront aux clients sous tension. Le second test, celui de la résistance à la pression, devient donc encore plus décisif.


La réponse évidente serait de repenser le recrutement des cabinets pour l’ère de la GenAI. Pas se contenter d’en parler : construire vraiment le dispositif (curieusement, personne ne le fait).

Imaginez une étude de cas où le candidat est assis devant un ordinateur, avec un accès complet à Claude, ChatGPT et tous les outils de son choix. Le cas est ambitieux : bâtir la stratégie d’entrée d’une marque d’électronique grand public en Asie du Sud-Est, à partir de données fournies sur la taille du marché, la concurrence et la réglementation.

Il a 60 minutes.

Au bout du temps imparti, il présente sa recommandation. Mais la grille d’évaluation n’est plus la même. Elle mesure :

Le réflexe IA. Le candidat s’est-il jeté tout de suite sur l’IA, ou a-t-il d’abord esquissé un plan à la main ?

La qualité du dialogue avec le LLM. A-t-il posé à l’IA des questions utiles, bien géré le contexte, utilisé des techniques de prompt intelligentes, ou s’en est-il servi comme d’un moteur de recherche un peu bête ?

L’esprit critique. Le candidat prend-il les réponses de l’IA pour argent comptant ? A-t-il vérifié, recoupé, croisé les sources ?

La synthèse sous pression. Quand l’examinateur conteste un chiffre, le candidat sait-il refaire le raisonnement sans relire son échange avec la machine ?

Ce dispositif teste autre chose que les études de cas traditionnelles : la capacité à garder son jugement tout en tirant parti de l’automatisation.

Les études de cas classiques mesuraient la puissance d’analyse brute. Celle-ci mesure :

Les cabinets qui adopteront ce dispositif, ou quelque chose d’approchant, enverront un message clair : nous recrutons pour l’ère de l’IA. Nous attendons de vous que vous utilisiez ces outils. Mais nous jugeons votre capacité à ne pas vous laisser piéger par eux.

Ce serait un formidable argument de recrutement : « Notre processus de sélection fait une large place à l’IA, parce que c’est comme ça que vous travaillerez chez nous. Nous vérifions que vous restez plus malin que vos outils. »

L’alternative, c’est de continuer à tester le calcul mental tout en déployant des agents qui suppriment 60 % du travail des juniors. Ce n’est pas une stratégie. C’est de la nostalgie déguisée en exigence.


Le choix que les cabinets évitent

Il y a vingt-cinq ans, BCG testait le calcul mental et m’a recalé. Aujourd’hui, je me demande s’ils testaient la bonne chose.

Multiplier vite n’est pas le sujet. Le sujet, c’est le réflexe qui naît après l’avoir fait dix mille fois : l’alarme intérieure qui se déclenche quand les chiffres ne tiennent pas debout.

Les cabinets de conseil sont face à un choix inconfortable :

Option 1 : préserver les répétitions. Exiger des juniors qu’ils vérifient à la main ce que produit l’IA. Prévoir une vérification humaine à chaque étape. Accepter d’y perdre en productivité (et en image).

Option 2 : inventer un autre terrain d’entraînement. Si l’IA supprime les répétitions de calcul, comment forger autrement le jugement qu’elles construisaient ? Quelle nouvelle pratique, répétitive et à fort enjeu, peut muscler le même scepticisme ?

Option 3 : accepter le compromis. Reconnaître que les consultants nés avec l’IA auront un jugement différent : analyse plus rapide, sens des analogies plus large, mais intuition des chiffres plus faible. Compenser par la composition des équipes, en associant des généralistes dopés à l’IA et des spécialistes qui gardent les réflexes de vérification traditionnels.

La plupart des cabinets choisissent l’option 4 : faire comme si la question ne se posait pas. Déployer les outils d’IA à marche forcée, garder les critères de recrutement d’hier, et espérer que la tension se résorbe d’elle-même.

Elle ne se résorbera pas.

Le test de la fraise ne porte pas sur le décompte des lettres. Il porte sur la vérification. L’échec, c’est l’absence de doute.

Cette conviction qu’un système extérieur a raison par défaut, étendue à des milliers de consultants qui font chaque jour des milliers de calculs, produit une profession incapable de repérer ses propres erreurs.

Le calcul mental n’a jamais été une fin. C’était un moyen. La question n’est pas de savoir si nous avons besoin de consultants qui calculent vite. La question est : que cherchons-nous désormais chez les candidats ? Et sommes-nous en train de former le jugement que nous prétendons valoriser, ou simplement de recruter des gens doués pour parler à l’IA ?

Le conseil a deux ou trois ans devant lui avant que la première promotion d’analystes nés avec l’IA, ceux qui n’ont jamais estimé un marché ni vérifié une hypothèse à la main, n’atteigne le grade de Principal.

D’ici là, nous saurons si un jugement sans répétitions est possible. Ou si nous avons lancé une expérience impossible à défaire.

Vingt-cinq ans après ce refus de BCG, je calcule toujours le pourboire plus vite que tout le monde à table. Pas parce que cela fait de moi un meilleur stratège. Mais parce que ces dix mille répétitions ont construit quelque chose que je ne peux pas désapprendre : le réflexe de vérifier que les chiffres ont du sens. Les cabinets parient qu’on peut forger ce réflexe sans les répétitions. J’espère qu’ils ont raison.

Notes on a consulting industry that may not recognize itself in five years—from someone who spent decades in strategy consulting before building the tools that are changing how it works. Looking back at those crucial client moments, asking what if GenAI had been there—and what it means for those still in the game

A young consultant in a boardroom, looking straight at the camera, the partners blurred behind him

I am afraid you won't make it through the next round. You demonstrated plenty of great skills. But you know it is a very competitive game... And oh, you know, you are not that great in mental calculus.

I hung up.

Just got kicked out from the BCG process.

After years of academic bagne, working indecent long hours in advanced mathematics and physics courses in the French classes préparatoires at one of the highest ranked, most competitive establishments in the country? Failure, because I stuttered calculating orders of magnitude during one of BCG's infamous case studies? Must be a sick joke...

We'll never know how decisive this factor was. I have lived long enough since to understand that explicit reasons rarely match actual reasons. The truth might have been closer to "Business is flat, let's crank down on hiring juniors" or just that the partner leading the interview lost a huge proposal the day before.

Who cares?

A career is made of these small accidents, sprouts of luck and misfortune, with endless butterfly effects. You fumble a multiplication, you end up with a completely different trajectory. Different career, different cities, different lives.

With hindsight, entering BCG at that moment would have altered my lifestyle for years. I probably would not have met my first wife. Nor divorced. Or maybe later. Would not have met my soul mate. It is vertiginous.

But thinking back to this episode now, as GenAI rewrites the rules of knowledge work, opens a different kind of vertigo.

The Bullshit Detector Consultants are losing

I remember Dominique Mars during SteerCo presentations at Mars & Co. He was often the oldest in the room. And always the fastest to calculate.

When a team member would mention a market sizing estimate, Dominique had already computed the implied unit economics before anyone else finished reading the slide. When someone would propose an acquisition price, he immediately flagged that the multiple implied a 40% premium over comparables, which required a synergy scenario that nobody had validated.

Mental calculus, in this context, works as a personal bullshit detector. A built-in alarm system for wrong numbers, unrealistic assumptions, scenarios that don't add up.

Taking a step back, mental calculus helps making sense out of the business world.

Remember Instagram. Meta acquired it in 2012 for $1 billion. At that time, Instagram had 13 employees, Facebook was not yet the incredible Meta powerhouse and many voices were criticizing Zuckenberg on unreasonable spending spree. But Instagram also had 30 million users. And Zuck knew simple division: $33 per user. They were confident that securing Insta within Facebook ecosystem would not only eliminate a future competitor but also accelerate the growth of revenue per user (at the time ARPU was around $5/user). Because it was mobile-first, it was highly visual... So even allowing for some cannibalization, the deal was rather on the safe side...

2025 Meta Global ARPU is around $50. Half of US revenues are coming from Instagram.

Mental calculus can save careers and lives

Mental calculus saves lives too.

In March 2020, Tomas Pueyo's “Coronavirus: Why You Must Act Now” spread because it rested on one piece of arithmetic, not on complex models. If cases double every six days, then growth is exponential. Start with 100 cases. Wait two weeks. Two weeks is a little more than two doublings. Two doublings turn 100 into 400. The extra time adds another noticeable fraction. You are no longer near 400, you are near five times the original number.

The point was not precision. It was understanding. Delay does not add cases, it multiplies them. Anyone who could track a couple of doublings in their head could see instantly why waiting was dangerous. After reading this article, I immediately called and convinced my elder fragile parents to take shelter. At that time, 1 week before the brutal announcement of the lockdown in France, disbelief and denial was the norm in French media. I still believe it may have saved their life.

The uncontrolled experiment

So mental calculus matters. It catches business mistakes, it guides strategic decisions, it saves lives during crises. Which raises an uncomfortable question: What happens when we stop doing it? Because that's the current trajectory.

McKinsey's internal AI assistant Lilli now allegedly handles roughly 70% of McKinsey's 45,000 employees' knowledge queries, saving an estimated 30% of time on research tasks. BCG's Deckster generates slide drafts. Every major firm has deployed tools that automate the grunt work of analysis.

For junior consultants, this creates a specific problem: fewer repetitions, weaker intuition. The alarm system Dominique Mars built through decades of calculations—that instant recognition when numbers don't make sense—requires thousands of repetitions to develop. Those repetitions are now being outsourced to machines. A consultant who's never manually sized a market, never validated assumptions by hand, never caught their own arithmetic errors... what internal reference point do they have when AI produces output?

Conversations with many consulting partners over the past twelve months suggest an emerging pattern: increased numerical or logical errors from AI-assisted juniors that senior consultants catch.

Whether consulting firms are pushing for adoption or just living with Shadow AI from their juniors, they are running an uncontrolled experiment on whether judgment can develop without thousands of repetitions of building mental shortcuts.

The absence of doubt

Based on my experience deploying GenAI for consulting firms, three failure modes appear concerning.

Pressure collapse. The CFO wants an answer now. The consultant's reflex is to reach for a laptop. Consultants who have outsourced their arithmetic discover they have also outsourced their ability to resist under pressure.

Explainability deficit. "Where does this 23% come from?" The consultant who accepted AI output cannot reconstruct the logic. The client needs to defend this number to their board. “The AI said so” does not survive scrutiny.

Error compounding. In agentic systems, a small upstream mistake propagates through every downstream calculation. The consultant sees a clean table. The buy-side analyst catches it three weeks later.

Each failure mode shares a common root: the absence of doubt.

Consider a question that became a meme in AI circles in 2024:

"How many 'r's are there in 'strawberry'?"

Early versions of GPT-4 frequently answered (wrongly) "two."

The failure is the absence of doubt, assuming that the artificial external system's output is correct by default.

The technical reason is well understood and now to a large extent fixed*. For critics of AI adoption, this was proof that LLMs remain fundamentally unreliable. For optimists, it was a temporary bug to be engineered away.

Both camps missed the point. The strawberry test wasn't about whether AI can count letters, nor spelling ability. It's about whether the user checks the answer. The failure is the absence of doubt. The assumption that an external system's output is correct by default.

That assumption, generalized across thousands of consultants making thousands of calculations daily, produces a profession that cannot catch its own errors.

Mental calculus was always about building the muscle of skepticism. The reflex to verify. The habit of asking: does this number make sense?

That reflex can coexist with AI. But only if we design systems, and selection criteria, that continue to reward it.

A young candidate facing a senior partner across a table, in an interview room

How to select for AI-era judgment

Return to the BCG interview room.

Beyond assessing interpersonal skills (come on!), fluency of expression, case studies were initially meant as a proxy for :

Today's reasoning models have already passed the 'mental model' bar: Ask Claude to build a logical model to size the French gas station market and it will produce a cleaner framework than most candidates.

But LLMs won't be the ones responding to stressed clients, so it makes the second test of resistance under pressure even more critical.

One obvious response would be redesigning consulting recruitment for the GenAI era. Not just mentioning it, actually building the system (and yet, surprisingly, not implemented)

Picture a case study where the candidate sits in front of a computer with full access to Claude, ChatGPT, and whatever tools they prefer. The case is ambitious: develop a market entry strategy for a consumer electronics brand in Southeast Asia, with provided data on market size, competitive dynamics, regulatory constraints.

The clock runs for 60 minutes.

At the end, the candidate presents their recommendation. But the evaluation grid has shifted. It measures:

  1. Propensity to use AI. Did the candidate default to AI immediately, or did they first sketch a framework by hand?
  2. Quality of LLM interaction. Did they ask the AI productive questions, managed the context appropriately, use smart prompting techniques, or did they just treat it as a dumb search engine?
  3. Reliability analysis. Is the candidate taking AI answers for granted? Did the candidate implement validation and fact checking techniques? Cross-checked sources?
  4. Synthesis under pressure. When the interviewer challenges a number, can the candidate reconstruct the logic without referring to the transcript?

This framework tests something different from traditional cases: the ability to maintain judgment while leveraging automation, measuring:

The firms that adopt this, or something like it, signal clearly: "We're hiring for the AI era. We expect you to use these tools. But we're evaluating whether you can avoid being fooled by them".

This would make a compelling employer brand message. "Our recruiting process uses AI extensively, because that's how you'll work here. We're testing whether you can stay smarter than the tools."

The alternative is continuing to test mental arithmetic while deploying agents that eliminate 60% of junior work. That's not a strategy. That's nostalgia pretending to be standards.

The choice consulting firms are avoiding

Twenty-five years ago, BCG tested for mental calculus and rejected me. Today, it is urgent to test for the right thing. Quick multiplication isn't the point. The reflex that forms after ten thousand repetitions is, the internal alarm when numbers don't make sense.

Consulting firms face an uncomfortable choice:

Option 1: Preserve repetitions. Mandate junior consultants manually validate AI outputs. Accept the productivity hit.

Option 2: Replace the training ground. If AI eliminates calculation practice, what new high-repetition exercise builds the same skepticism muscle?

Option 3: Accept the trade-off. AI-native consultants will have broader pattern recognition but weaker numerical intuition. Compensate through team design.

Most firms are choosing Option 4: Pretend the question doesn't exist. Deploy AI aggressively, maintain traditional recruitment, hope the tension resolves itself.

It won't.

The strawberry test isn't about counting letters. It's about checking. The failure is the absence of doubt.

That assumption - that external systems are correct by default - generalized across thousands of consultants making thousands of calculations daily, produces a profession that cannot catch its own errors.

Mental calculus was never the goal. It was the vehicle. The question isn't whether we need consultants who can calculate quickly. The question is: What are we selecting for now? And are we building the judgment we claim to value, or just hiring people who prompt AI well?

The first cohort of AI-native analysts, those who've never manually sized a market, will reach Principal level in two or three years. By then, we'll know whether judgment without repetitions is possible, or whether we've run an experiment we can't reverse.

Twenty-five years after that BCG rejection, I still calculate restaurant tips faster than anyone at the table. Not because it makes me better at strategy. But because those thousand repetitions built something I can't unlearn: the reflex to check whether the numbers make sense.

Nobody has found a shortcut yet.

(*) hummmm, maybe you should ask now your LLM to compute 8.8 - 8.11...

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