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auteurauthor · Souvenirs du conseilMemories of consulting · 9 sept. 20259 Sep 2025

Et si votre meilleur consultant ne survivait pas à une question hostile ?What if Your Best Consultant Couldn't Survive One Hostile Question?

La GenAI ne vous apprendra pas à encaisserGenAI won't help you to take the punch

lireread· 3 min

Vingt ans de conseil en stratégie, puis dix à construire les technologies qui le bousculent. Je repense aujourd’hui à ces moments décisifs avec des clients, à ces idées trouvées au milieu de la nuit, et je me demande : et si la GenAI avait été là ? Le récit d’un métier en pleine mutation, par quelqu’un qui l’a connu tel qu’il était et voit ce qui arrive.


Photo passée de trois hommes et un garçon autour d’un bureau, un mur de notes derrière eux
Tout le monde a un plan…

Un message vocal m’a appris quelque chose sur le conseil, et sur ce que la GenAI ne remplacera pas.
« Stéphane, je voulais te prévenir : j’ai un souci perso, je dois être à Paris jeudi. Je ne pourrai pas être à la réunion avec l’équipe du client. Je suis plutôt serein : notre Associate (appelons-le François), qui a fait toute l’analyse, peut s’en charger. En plus, J. (notre interlocuteur principal, le directeur des opérations) ne sera pas là. Je sais que tu viens à Genève vendredi, mais si tu pouvais arriver la veille, ce serait top. »

Rien d’alarmant dans ce message de mon chef de mission. Une simple réunion d’étape chez ce client des vins et spiritueux. Nous devions présenter nos pistes de gains de productivité, et en discuter franchement.

Tout le monde savait que leurs opérations étaient mal tenues, à commencer par le directeur des opérations lui-même. Notre revue des gisements était simple, bien construite, suffisamment étayée vu la taille modeste du site de vieillissement et d’embouteillage.

J’ai tout de même bousculé mon agenda pour arriver la veille et épauler François. Sauf que mon vol a eu du retard. Quand je pousse enfin la porte de la salle, la réunion a commencé depuis 45 minutes. François, polytechnicien brillant, capable de modéliser n’importe quoi, agonise depuis 44 minutes.

Qui sait vraiment encaisser ?
Je sens tout de suite que ça tourne mal, avant même de croiser son regard désespéré. L’équipe des opérations met ses slides en lambeaux.

Comment pouvez-vous être aussi sûrs de ces gains ? Encore une projection de consultant trop optimiste ? Quels benchmarks, exactement ? Est-ce vraiment comparable à notre situation, qui est unique ?

François bafouille. Pris à contre-pied. Il se liquéfie.

Les chiffres ne sont pas faux, mais peu importe. L’équipe du client n’a aucune envie d’être bousculée. Alors elle réclame ce qu’elle sait introuvable, exige la démonstration mathématique des économies, sème le doute et la suspicion sur toute notre analyse.

En regardant François s’effondrer, j’ai compris une chose : toutes les données du monde ne l’auraient pas sauvé. Il lui manquait les outils qui comptent vraiment.
Aujourd’hui, avec la GenAI à portée de main, François aurait eu une analyse encore meilleure, des recherches plus rapides, des constats plus fins. Il ne serait pas sorti vivant de cette salle pour autant.

Notre client, le directeur des opérations, chargé de remettre à plat toute la performance industrielle du groupe, n’achetait pas des réponses à Kearney. Il achetait de l’expérience, du jugement, et un vrai savoir-faire en conduite du changement pour embarquer ses équipes dans un plan de performance ambitieux.

Ce que personne ne dit, c’est que la GenAI s’apprête à fabriquer une armée de François : des analystes brillants, armés de données parfaites, et incapables de survivre à la première question hostile.

La GenAI ne tuera pas le conseil. Elle révélera les consultants qui ne l’ont jamais vraiment été.

Comment nous nous en sommes sortis
« Messieurs, pas besoin d’un joli tableau de benchmarks pour savoir qu’il ne vous faut pas 20 personnes pour pousser des fûts toute l’année. »
« Vous savez aussi bien que nous que ces opérations n’ont jamais été optimisées, et que ces 30 % de potentiel sont une estimation prudente. »
« Aujourd’hui, nous étions plutôt là pour voir comment transformer au mieux cet objectif en argent sonnant et trébuchant, et financer les investissements dont vous avez besoin. On peut s’y mettre maintenant ? »

Nous avons largement dépassé ces objectifs. Ce ne sont pas les données qui sauvent une mission. C’est le caractère.

À l’heure où les réponses coûtent de moins en moins cher, être un conseiller de confiance exige des qualités profondément humaines : l’expérience, le jugement, la capacité à faire bouger les choses.
Combien de consultants de votre cabinet auraient sauvé cette réunion ? Quand la GenAI aura rendu chaque analyste aussi brillant que François, qui leur apprendra à se battre ?

Les cabinets qui n’ont pas encore commencé à repenser la façon dont ils forment et font grandir leurs talents s’en mordront les doigts : la GenAI leur donnera des analystes parfaits et de très mauvais consultants.

Et vous, quel a été votre « moment François », celui où vous avez compris que les données ne suffisaient pas ?

Faded photo of three men and a boy around a desk, a wall of notes behind them
Everyone has a plan…

Notes on a consulting industry that may not recognize itself in five years - from someone who spent decades in strategy consulting before building the tools that are changing how it works. Looking back at those crucial client moments, asking what if GenAI had been there, and what it means for those still in the game.

This voice message taught me a lesson about Consulting and what GenAI won't replace.

"Stéphane, just wanted to tell you. Got a personal issue, need to be in Paris on Thursday. I won't be able to make the meeting with the Client Team. I am pretty confident François (Ed. note: the Associate on the project) who did the whole analysis, can handle it. Besides, J. (our main Client, the VP Ops) won't be there. I know you will be in Geneva on Friday, but if you can make it one day earlier, that's cool."

This simple voice message from the Case Leader wasn't alarming. It was an intermediate meeting with this Client in the Wine & Spirits industry. We were supposed to present and openly discuss our review of productivity potential gains.

Everyone knew their operations were a mess, including the Client VP Ops. The opportunity review was straightforward, well structured, reasonably documented, considering the tiny size of the aging and bottling site.

Nevertheless, I decided to reschedule and arrive one day earlier to stand by François. Except the flight was delayed. When I finally enter the meeting room, the meeting had been going for 45 minutes. François —brilliant X (Polytechnique) graduate, could model anything— had been dying for 44 of them.

Who actually knows how to take a punch?

I immediately feel it's going very wrong, even before crossing François's desperate eyes. The Ops team was tearing his slides apart.

How can you be so sure about these gains? Another consultant wishful thinking? What are the exact benchmarks you have been using? Can you really compare with our unique situation?

François is stammering. Caught off guard. Melting down.

The numbers aren't wrong, but that doesn't matter. The client team isn't ready to be challenged. So they're asking for things they know don't exist, demanding mathematical proof of savings, shedding doubt and suspicion on our whole analysis.

As I watched François crumble, I realized something: All the data in the world wouldn't have saved him. He was missing the tools that actually mattered.

Today, with GenAI at our fingertips, François would have had even better analysis, faster research, deeper insights. It still wouldn't have helped him survive that room.

In this case, our Client, the VP Ops, on a mission to overhaul the entire Industrial Performance of the Group, was not buying answers from Kearney. He was buying Experience, Judgment and Change capabilities, to help him embark his team on an ambitious performance improvement initiative.

Here's what no one's saying: without strategy, consulting firms jumping on GenAI are just about to create an army of François, brilliant analysts armed with perfect data but who can't survive the first hostile question.

GenAI won't kill consulting. It will expose which consultants were never really consultants to begin with.

How to get out of the mess

"Guys, I don't need to have a tidy spreadsheet of benchmarks to tell you that you don't need these 20 guys to push barrels all year round. You know as well as we do these Operations have never been stretched and these 30% potential is really on the safe side.

Our plan for today's meeting was rather to discuss the most effective way to turn this target into real dollars, so we could invest in the much needed new investments. Shall we begin to do that now?"

We exceeded those targets by far. Data doesn't save deals. Backbone does.

In an era where getting answers becomes ever cheaper, playing Trusted Advisor requires very human skills: Experience, Judgment, and Change capabilities.

How many consultants in your firm could have saved that meeting? When GenAI makes every analyst as smart as François, who's going to teach them how to fight?

For those Consulting firms who are not already reshuffling their Talent Management model, GenAI will make perfect analysts and terrible consultants.

publié d’abord sur The Last Consultant →first published on The Last Consultant →

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